Un service d'écriture
Votre moment,
mis en récit.
Chaque vie contient des instants qui méritent d'être écrits. Des moments exceptionnels mais aussi parfois des moments qui semblent ordinaires et qui ne l'étaient pas tout à fait. Ceux dont on n'a pas trouvé les mots sur le coup. Je pose un regard sur ce que vous avez vécu, et je l'écris.
Exemple — Une heure sur un banc
Il n'y avait pas de raison particulière de s'asseoir là.
Pas de fatigue notable, pas de rendez-vous annulé qui aurait libéré une heure. Juste le banc, au bout du chemin, et une sorte d'évidence silencieuse : ce serait bien, de s'arrêter. Alors je me suis assis.
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Le bois était froid sous les cuisses, d'abord. Pas désagréable. Le genre de froid qui dit quelque chose de précis sur la saison, sur l'heure, sur le fait que le soleil n'était pas encore là depuis assez longtemps. Il y avait une barre métallique dans le dos, légèrement rouillée à en juger par l'odeur ferrugineuse qui montait quand je m'y appuyais. Une odeur de pluie ancienne, de fer mouillé et séché plusieurs fois.
Les nuages bougeaient lentement. Pas assez lentement pour qu'on s'en rende compte si on regardait ailleurs, pas assez vite pour qu'il se passe quelque chose. Une masse blanche tirait vers l'ouest, effilochée sur ses bords. Une autre arrivait de derrière la crête, plus grise, plus décidée. Entre les deux, un bleu intense, presque dur, le genre de bleu qui donne l'impression que le ciel est une matière et non une absence.
J'aurais pu sortir mon téléphone. Je ne l'ai pas fait.
L'air sentait la terre humide et quelque chose d'autre, plus doux, que je n'ai pas réussi à nommer immédiatement. Une herbe particulière, peut-être, ou la résine de l'épicéa là-bas, tout à gauche, celui dont je me demandais si la forme tordue était ancienne ou récente. L'odeur arrivait par vagues, portée par un vent très léger qui n'était pas vraiment du vent, plutôt une respiration du paysage. Un souffle intermittent dans les aiguilles de l'épicéa, quelques secondes, puis rien, puis à nouveau.
Au bout de vingt minutes, j'ai remarqué que je respirais différemment. Plus bas, plus lent, comme si mon corps avait pris une décision sans me consulter.
C'est là que j'ai commencé à descendre, lentement, du crâne jusqu'aux pieds. Pas volontairement. Plutôt comme un regard qui chercherait ses lunettes et tomberait, au passage, sur des choses qu'il n'avait pas vues depuis longtemps. Le front, tendu sans raison. Les mâchoires, serrées sur du vide. Les épaules légèrement remontées, comme si elles attendaient quelque chose qui n'arrivait pas. Le dos contre la barre rouillée, là où le métal était resté à l'ombre : froid, précis, réel. Les avant-bras posés sur les cuisses, dans le soleil cette fois, avec une chaleur faible mais nette dessus, et le dessous encore dans l'ombre froide du corps. La jambe droite croisée sur la gauche, une habitude, une mauvaise habitude, quelque chose qui comprimait doucement et que je n'avais pas senti avant de m'y arrêter. Les pieds, loin, comme appartenant à quelqu'un d'autre. J'ai bougé les orteils pour vérifier qu'ils répondaient encore, malgré le froid et le cuir épais des chaussures. Ils ont répondu. Quelque chose dans ce geste avait la logique d'un enfant qui compte ses doigts après avoir dormi sur son bras.
À aucun endroit il ne s'était passé quelque chose de grave. Partout il s'était passé quelque chose de silencieux.
Je pensais, mais à peu de choses. Des bribes. Un souvenir de cuisine qui remontait sans raison, une odeur de beurre brûlé dans une poêle en inox, et avec elle le goût de quelque chose de légèrement amer au fond de la gorge, comme si la mémoire olfactive emportait tout le reste. La question de savoir si l'épicéa avait toujours eu cette forme tordue. La certitude floue que j'avais oublié de rappeler quelqu'un, suivie du retour aux nuages.
C'est là que quelque chose a changé de texture.
Le bois du banc s'était réchauffé sous moi. Je l'ai remarqué à ce moment précis, sans savoir depuis combien de temps c'était vrai. La lumière avait bougé aussi : l'ombre de la crête avait reculé d'un mètre vers le bas, le sol devant moi était maintenant dans le soleil. Cette ligne entre le chaud et le froid avait quelque chose de net qui n'existait pas quand je m'étais assis. Le même partage existait dans mon propre corps : le dessus des bras tiède, le dessous froid, le dos contre la barre à l'ombre, les genoux dans la lumière. Une frontière traversait le banc et me traversait en même temps.
Ce n'était pas un saisissement soudain. Rien qu'on puisse raconter à table le soir en disant "et là, j'ai compris que". Plutôt : un léger déplacement dans la façon dont tout ça existait ensemble. Le banc réchauffé, les nuages, l'épicéa tordu, le souvenir de beurre brûlé, la personne à rappeler.
Un oiseau, deux notes, silence. Le bruit d'une voiture qui passait au loin et qui n'avait rien à faire dans un paysage comme celui-là, et pourtant. La salive au fond de la bouche, légèrement sucrée d'une façon inexplicable, comme si le corps produisait quelque chose en réponse à l'air froid et propre.
Au bout d'une heure j'ai regardé l'heure, et je me suis levé.
La jambe gauche a protesté immédiatement. La circulation revenue d'un coup, cette sensation de fourmis et de pesanteur mêlées, le prix ordinaire d'une mauvaise habitude à laquelle je n'avais pas pensé en m'asseyant. Le froid du sol avait traversé les semelles pendant l'immobilité. Les deux premiers pas étaient incertains, presque comiques. Le corps enregistre tout, même ce qu'on ne lui demande pas d'enregistrer, et il présente la note au moment du départ.
En remarchant, j'essayais de trouver comment appeler ce qui venait de se passer. Les mots que j'essayais étaient tous trop propres, trop balisés. L'expérience avait eu de la rugosité, de la rouille, une légère amertume au fond de la gorge. Ces mots-là ne l'avaient pas.
Il me manque encore le mot.
Je me demande combien d'heures comme celle-là j'ai laissées passer sans m'asseoir.
Ce que je fais
Ce texte est une démonstration. Pas d'un concept, pas d'une méthode : d'un regard. Celui qu'on peut poser sur un moment ordinaire pour en extraire quelque chose qui ressemble à de la densité.
Vous me racontez un moment. Une heure de conversation, sans ordre du jour : je vous écoute, je pose des questions, je cherche les détails que vous n'avez pas pensé à retenir.
Pas pour embellir. Pour rendre au moment sa densité exacte. Ce qui en ressort est un récit à la mesure du sujet : quelques pages ou davantage, selon ce que le moment demande.
Ce que comprend la commande
L'entretien
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Le récit
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